Nourris par l’évangile St Marc pendant un an

Le début de l’Avent (le 29 novembre, cette année) correspond pour les chrétiens à une nouvelle année liturgique. Nous y serons ressourcés, dimanche après dimanche, par l’évangile selon saint Marc. Sans doute le plus accessible des quatre évangiles ; le plus court aussi ; le tout premier à avoir été écrit (en grec).

Qui est vraiment saint Marc ?
Quand et pour qui Marc écrit-il ?
Aller à l’essentiel en format compact
Le pivot central de son évangile
Le doigt toujours pointé vers plus grand que lui
Toujours présent

Qui est vraiment saint Marc ?

Marc ne figure pas dans la liste des apôtres. Un détail propre au récit de la passion selon Marc a conduit certains commentateurs à reconnaître l’évangéliste dans le personnage du jeune  homme  anonyme  qui,  ayant  suivi  Jésus  lors  de  son  arrestation,  s’enfuit  tout  nu lorsque des soldats l’agrippent par son manteau pour l’arrêter. Les Actes des Apôtres, en revanche, font état de la présence d’un disciple du nom de « Jean, surnommé Marc ».
Ce Jean-Marc accompagnera Paul et Barnabé lors de leur premier voyage missionnaire, mais il les abandonnera plus tard pour retourner à Jérusalem. Et, lorsque Paul proposera de retourner visiter les communautésf ondées lors de leur premier voyage, il rejettera la suggestion de reprendre Marc !
On peut difficilement conclure que Marc dont il est question dans ces écrits est l’auteur de l’évangile. Cependant, à partir du 2e siècle, la tradition chrétienne est unanime pour attribuer le deuxième évangile à Marc, qui n’est pas considéré comme un des apôtres mais il serait très proche de Pierre.

Quand et pour qui Marc écrit-il ?

Les spécialistes situent la rédaction de l’évangile peu de temps après le martyre de St Pierre et avant la destruction du Temple de Jérusalem par l’occupant romain, soit entre 65 et 68.
En ce qui concerne le lieu de rédaction, on le fixe généralement à Rome, en raison de sa proximité avec Pierre.
Les destinataires ne  sont  pas mentionnés, mais plusieurs indices montrent que l’œuvre est adressée à des chrétiens d’origine non pas juive mais païenne.
Il est important de rappeler que Marc est le premier auteur chrétien connu à avoir proposé un cadre narratif pour parler du ministère de Jésus.

Aller à l’essentiel en format compact

La première caractéristique de la présentation marcienne de Jésus est son portrait très humain. Certes, pour les quatre évangiles Jésus est vraiment homme ; mais Marc est seul à rapporter certains sentiments et actes de Jésus laissés peu à peu de côté par la tradition postérieure. En réalité, Marc laisse aux faits un réalisme, qui exclue parfois tout effet littéraire.

Le style simple et dépouillé de Marc suggère que le mystère de Jésus se révèle toujours en clair-obscur, obligeant les hommes à un effort de discernement. La question de l’identité de Jésus, « Qui est cet homme ? » parcourt toute la première partie de l’évangile. Marc évoque  avec sobriété la tendresse et les émotions de Jésus, sa joie et sa peine devant les situations vécues par les personnes qu’il rencontre sur sa route, son affection et son attachement pour ses dis-ciples. Jésus est un homme oui, mais investi d’une autorité surnaturelle qu’il détient de sa filiation divine.

La plupart des exégètes estiment aujourd’hui que Jésus le Galiléen n’a pas fait usage des titres qui nourrissaient l’attente messianique des Juifs. Il ne s’est pas spontanément présenté à ses contemporains comme « Fils de David » ni comme « Prophète annoncé par Moïse », ni même comme le « Fils de Dieu ». Les spécialistes appellent cette réserve de Jésus à se désigner comme le messie « le secret messianique », dont Marc a fait le fil conducteur de son récit.

Le pivot central de son évangile

En fait, Marc opère un choix dans les souvenirs disponibles, puis il arrange la narration pour conduire son lecteur vers le Calvaire ET vers le tombeau vide.

La recherche de l’identité de Jésus, qui occupe les huit premiers chapitres, culmine dans la profession de foi de Pierre : Tu es le Christ (8,27-30). C’est le  pivot  central  de  l’évangile. À  partir  de  ce  moment,  Jésus  entreprend  la préparation de ses disciples à la dure réalité de sa mission. Non ! il ne sera pas le messie triomphant  de  la  conception  populaire,  mais  un  messie  souffrant.  Les disciples, tout proches pourtant, auront beaucoup de mal à comprendre… Par contre, l’attitude de Jésus devant la souffrance et la mort suscitera au pied de la croix une autre profession de foi, celle du soldat romain : « Vraiment cet homme était fils de Dieu ! ».

Le doigt toujours pointé vers plus grand que lui

S’il est un point sur lequel les spécialistes sont aujourd’hui généralement d’accord, c’est bien que toute l’activité de Jésus comme sa prédication itinérante doivent être trouvent leur centre de gravité dans le « Règne de Dieu » et la proximité de sa venue. Ceci paraît du reste clairement dans le résumé donné par Marc du contenu de « l’évangile de Dieu » proclamé par Jésus : « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu est tout proche : convertissez-vous et croyez à la l’Évangile » (Mc 1,15). En réalité, il s’agit d’un résumé de Marc, plutôt que d’une parole originelle de Jésus. Mais elle exprime avec exactitude le coeur du message de Jésus, qui réfère sans cesse à « Celui qui m’a envoyé ».

Toujours présent

En racontant l’histoire d’autrefois, les évangélistes annoncent en fait qui il est et non pas qui il était. Les auteurs du Nouveau Testament ne partagent pas en effet notre conception courante (et profane) du temps. Le temps est désormais irréversiblement marqué par la Résurrection du Maître. Marc, par exemple, écrit surtout au « présent historique » (151 cas) et non pas au passé simple, le temps de l’« autrefois ». Cet artifice de style, propre à susciter un « effet de réel », procède d’une conviction profonde : le Jésus « référé » dans la parole et les actions du texte évangélique est toujours celui-là même qui nous réunit maintenant, parle et agit. La proclamation du Ressuscité déclenche la mémoire vive de Jésus de Nazareth, pour dire l’actualité de sa présence.

Pour aller plus loin : 2 livres et 1 video

Camille Focant : Marc : cinq clés de lecture, éd. du Cerf (2017)
Les ouvrages sur l’évangile de Marc ne manquent pas. Mais le dossier ici présenté est original par bien des côtés. Par son écriture d’abord, rigoureuse et sans jargon. Par son approche ensuite : il ne s’agit pas d’une lecture continue mais d’un choix d’épisodes qui constituent autant de clés de lecture. L’examen de l’art du récit – les échos entre le début et la fin, l’analyse de l’intrigue –, l’attention portée aux éléments tels que la loi, le système de pureté, les espaces (les maisons, les synagogues, le Temple mais aussi… le tombeau !), un regard différent sur la Passion nous ouvrent à la beauté d’un texte qui percute les évidences pour conduire à la vérité du Christ et de l’Évangile.

Philippe Bacq : Un goût d’Évangile : Marc, un récit en pastorale, éd. Lumen Vitae (2006)
Ce livre voudrait éveiller le goût de l’Évangile. Il propose d’abord une lecture continue de Marc au fil du récit : regarder avec rigueur et attention ce qui est dit, comment c’est écrit, se laisser entraîner, aller d’étonnement en étonnement, être surpris, dérouté… Bref, laisser descendre et retentir la Parole. Pour chaque passage, des questions aident à entrer dans une lecture attentive. Puis, il présente une réflexion théologique et pastorale sur l’itinéraire parcouru : le récit déconcerte la mentalité scientifique et technique de notre culture ; il invite à des déplacements et interpelle notre manière de faire Église aujourd’hui. Mettant en lumière la qualité d’humanité du Christ, l’être disciple, la mission des apôtres, il suggère une manière renouvelée de parler de la communauté chrétienne, du ministère presbytéral et des responsabilités qu’assument de nombreux laïcs. L’Évangile invite d’abord à changer de mentalité : voir et reconnaître la nouveauté qui est en train de germer un peu partout, s’en réjouir et se laisser transformer…

Enfin, voici une longue présentation d’ensemble de l’évangile de Marc (histoire, construction, narration), avec deux spécialistes (Camille Focant et Gérard Billon)