Fête de la Croix Glorieuse le 14
Le 14 septembre nous célébrons la fête de « La Croix glorieuse » : l’expression semble presque contradictoire. Comment un instrument de torture, d’humiliation et de mort peut-il être associé à la gloire ? Et pourtant, c’est bien ainsi que l’Église nous invite à regarder la Croix du Christ. Il ne s’agit pas d’un paradoxe que nous devrions résoudre, mais d’un mystère que nous sommes invités à contempler.
Pour les premiers chrétiens, la croix n’était certainement pas un objet décoratif. Elle était le supplice réservé aux condamnés, un signe de honte et d’échec. Les premières représentations chrétiennes ont d’ailleurs souvent préféré évoquer la Croix à travers des symboles plutôt que de représenter directement le Christ crucifié. Nous, au contraire, avons tellement l’habitude de voir des croix qu’elles risquent de ne plus nous étonner. Une croix au sommet d’un clocher, autour du cou, sur un mur, même des tatouages : nous pouvons finir par ne plus voir ce qu’elle signifie.
Alors, qu’est-ce que la Croix ?
Jésus dit : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16,24). Mais de quelle croix parle-t-il ? S’agit-il simplement de supporter courageusement les difficultés de l’existence ? La Croix chrétienne est bien davantage. Elle est le lieu où le Christ donne sa vie jusqu’au bout. Elle révèle un amour qui ne recule pas devant le rejet, la souffrance et même la mort. Prendre sa croix, c’est donc entrer, à la suite du Christ, dans ce chemin où l’on apprend à recevoir sa vie comme un don et à la donner à son tour.
Cette manière de contempler la Croix n’est pas nouvelle. Au IIIᵉ siècle, Hippolyte de Rome, dans son homélie sur la Pâque, développe une méditation étonnante sur le bois de la Croix. Pour lui, la Croix est devenue l’arbre du salut. Il écrit qu’il s’en nourrit, qu’il y trouve son refuge, son soutien et son chemin. Il évoque même l’image de l’échelle de Jacob qui relie la terre et le ciel.
Ce qui était le bois du supplice devient ainsi l’arbre de la vie. Celui qui regarde la Croix avec les yeux de la foi ne voit plus seulement un homme condamné : il contemple le Seigneur qui, en donnant sa vie, ouvre un chemin vers le Père.
La Croix est encore décrite comme nourriture dans la faim, eau vive dans la soif, vêtement dans la nudité, soutien lorsque nous trébuchons, chemin étroit et échelle de Jacob. Et une image particulièrement saisissante apparaît : «lit d’amour où m’as épousé le Seigneur».
Quelle étrange expression pour parler de la Croix ! Et pourtant elle touche au cœur du mystère chrétien. Sur la Croix, le Christ est l’Époux qui donne sa vie pour son Église. Ce qui semblait être le lieu de la défaite devient le lieu où l’amour de Dieu se révèle pleinement.
Voilà pourquoi la Croix est glorieuse. Non pas parce que la souffrance serait bonne en elle-même, ni parce que Dieu prendrait plaisir à voir souffrir son Fils. Elle est glorieuse parce que l’amour du Christ y est allé jusqu’au bout.
La Croix nous révèle ainsi quelque chose de Dieu que nous avons parfois du mal à croire : son amour ne dépend pas de notre réussite, de notre fidélité ou de nos mérites. Il nous aime jusque-là. Jusque dans notre faiblesse, notre péché et notre mort.
Alors peut-être faut-il réapprendre à regarder la Croix. Non comme un objet devenu familier, mais comme l’arbre de vie. Non comme le souvenir d’un échec, mais comme le signe de l’amour victorieux du Ressuscité.
La Croix est glorieuse parce que l’Amour a vaincu.
P. Andrés Bustamante
