Charles de Foucauld à l’honneur…

On a souvent dit que le 20ème siècle a été illuminé par « deux phares mystiques » : Charles de Foucauld et Thérèse de Lisieux. Thérèse a connu une gloire immense moins de 20 ans après sa mort. Charles de Foucauld, de 15 ans son aîné a dû attendre près de 106 ans pour être déclaré « saint ». Le célèbre ermite du désert, assassiné en 1916 dans le Sahara algérien, a été canonisé à Rome ce 15 mai. Mais… sa gigantesque postérité spirituelle n’a pas attendu la canonisation !

Bien qu’il n’ait obtenu aucune conversion de son vivant, il devient paradoxalement un modèle après sa mort.

Né en 1858 à Strasbourg dans une famille fortunée, le vicomte Charles-Eugène de Foucauld de Pontbriand, orphelin à 6 ans, est élevé par son grand-père maternel, colonel. Après des études à l’École militaire de Saint-Cyr, il devient un officier à la vie dissolue et scandaleuse. Sa conversion, à Paris, le chamboule. Il a 28 ans. « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour lui. » Il se fait moine trappiste, puis ermite à Nazareth, fasciné par « la vie cachée de Jésus ». Il exporte ensuite son idéal d’humble frère en humanité auprès des Touaregs musulmans, au Sahara. Il voulait rejoindre « les plus délaissés, les plus abandonnés ». Il voulait que chacun de ceux qui l’approchaient le considère comme « le frère universel ». Il voulait « crier l’Évangile par toute sa vie » mais dans un grand respect de la culture et de la foi de ceux au milieu desquels il vivait. « Je voudrais être assez bon pour qu’on dise : Si tel est le serviteur, comment donc est le Maître ? »

Bien qu’il n’ait obtenu aucune conversion de son vivant, il devient paradoxalement un modèle après sa mort. Ses écrits rencontrent dans les années 1930 un accueil particulièrement attentif parmi les jeunes catholiques français, qui aspirent à donner au mode de vie des prêtres et des religieuses une dimension plus proche des valeurs évangéliques. Critique à l’égard des chrétiens « sociologiques », critique aussi à l’égard des manières de vivre et se comporter du clergé, cette génération entend mettre l’accent sur la rencontre personnelle de Dieu via la personne de Jésus. Entre les croyants des pays musulmans et le prolétariat urbain, il existe au moins un point commun : le rejet d’un catholicisme dominateur et ostentatoire, donneur de leçons et incapable de s’appliquer à lui-même les valeurs dont il se réclame.

Présence discrète, renoncement à toute prédication au profit du témoignage, partage de la vie des populations y compris par le travail, place centrale donnée à la prière et à l’eucharistie, telle est la combinaison inédite qui aboutit à un nouveau modèle de vie missionnaire placé sous le patronage de Charles de Foucauld. La fondation des « Petits frères et des Petites sœurs de Jésus », puis de plusieurs petites communautés, fraternités, associations de prêtres ou de laïcs, disent l’impact de cette « mystique de l’incognito et de l’enfouissement » sur toute une génération.

« Après la crise sanitaire, la pire réaction serait de nous enfoncer davantage dans une fièvre consumériste et dans de nouvelles formes d’auto-préservation égoïste » (Pape François). Oui, l’exemple d’effacement et de pauvreté extrêmes, l’imitation de l’incognito du Christ dans sa vie à Nazareth, sa volonté d’être « le frère universel de tous les hommes » ont finalement profondément influencé, ou tout au moins annoncé l’Église du XXIe siècle et le pontificat de François.